L’énergie est au cœur de notre civilisation. C’est aussi une entité fondamentale de la physique, théorisée par Joule, mais dont la première tentative de description remonte à Aristote. Son concept d’energeia, littéralement “être en acte”, par opposition à la dynamis, la puissance en attente, est la première intuition d’une différence entre la capacité à faire et le faire effectif.
Pourtant, les débats actuels sur la transition énergétique sont souvent dominés par des récits politiques, des promesses technologiques ou des slogans, mais trop rarement sur des faits.
Ce blog propose une approche différente : revenir aux ordres de grandeur physiques.
Combien d’énergie consommons-nous réellement ?
Quelle surface occupent les différentes technologies ?
Quelles ressources matérielles nécessitent-elles ?
Quelles sont les contraintes imposées par la physique, la géographie ou l’agronomie ?
L’objectif n’est pas de défendre une idéologie énergétique, mais de comprendre les limites réelles du monde physique.
Parce qu’en matière d’énergie, les bonnes intentions ne suffisent pas : la thermodynamique a toujours le dernier mot.
« La mode se démode, le style jamais. »
— Coco Chanel
Coco Chanel avait raison sur le style. Elle avait peut-être moins anticipé que la mode, elle, s’accélérerait jusqu’à l’absurde : 7 200 nouveaux modèles ajoutés chaque jour, en moyenne, sur le site de Shein, parfois 10 800, soit 15 000 à 20 000 tonnes de CO₂ émises chaque jour pour la seule production de ces nouveaux modèles 1. 39 vêtements achetés par an et par Français en moyenne, contre un objectif compatible avec l’Accord de Paris de 5 2. Une durée de vie du vêtement réduite d’un tiers en quinze ans 3.
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L'overshoot climatique : dépasser 1,5°C pour mieux y revenir ?
« The 1.5°C scenarios in the IPCC are not physically implausible. They are politically implausible. And our models have confused the two. »
« Les scénarios à 1,5°C du GIEC ne sont pas physiquement improbables. Ils sont politiquement improbables. Et nos modèles ont confondu les deux. » — Kevin Anderson, professeur de physique du climat, Université de Manchester / Uppsala, conférence COP26, Glasgow, 2021
Il y a dans les rapports du GIEC une phrase que peu de gens ont lue en entier, et que presque personne ne comprend dans toutes ses implications. Elle est formulée à peu près ainsi : la majorité des trajectoires compatibles avec +1,5°C impliquent un dépassement temporaire de cet objectif avant d’y revenir par la suite. Cette phrase n’est pas une erreur ni une concession mineure. Elle est au cœur de la quasi-totalité des scénarios “raisonnables” présentés aux gouvernements depuis 2018.
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« It is a confusion of ideas to suppose that the economical use of fuel is equivalent to diminished consumption. The very contrary is the truth. »
— William Stanley Jevons, économiste, The Coal Question, 1865
Ce printemps 2026, un média titrait : « Une requête à ChatGPT consomme l’équivalent d’un verre d’eau ». Un autre, la semaine suivante : « L’IA va doubler la consommation des data centers d’ici 2030 ». Les deux affirmations sont vraies. Elles pointent dans des directions opposées. C’est exactement là que se loge la question intéressante.
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L'air que nous respirons : meilleur, ou pire qu'avant ?
« Tous les organes de notre corps sont affectés par l’exposition aux polluants atmosphériques, même à de faibles doses. Pourtant certains composés très nocifs, comme les particules ultrafines, sont encore trop peu étudiés. »
— Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste, directrice de recherche Inserm, 2024 1
Ce printemps, un article titrait : « Alerte à la pollution de l’air en Europe, à cause du printemps et de l’épandage d’engrais ». L’information était exacte, le service Copernicus venait de signaler un épisode de particules fines sur une large partie du continent. Mais la mise en scène portait une question implicite, jamais posée dans le corps de l’article : y a-t-il plus de pollution aujourd’hui qu’il y a vingt ou trente ans ? Ou moins ? Et si c’est moins, pourquoi continuons-nous à l’évoquer comme une urgence croissante ?
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Neutralité carbone en 2050 : que signifient vraiment les objectifs de l'UE ?
Quand l’Union européenne annonce vouloir réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 90% d’ici 2040, la formule paraît précise… au sens mathématique. Mais 90% de quoi ? Par rapport à quelle référence ? Et cette trajectoire est-elle physiquement crédible au regard des politiques en place ?
Cet article décortique la mécanique derrière les chiffres. Il ne remet absolument pas en cause la nécessité de la décarbonation : c’est acquis. Il examine la rigueur de la comptabilité qui la sous-tend.
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Le marché carbone : mettre un prix sur le CO₂ ne résout pas le problème du CO₂
« Il s’agit d’une offensive sur les prix ! Il faut faire de la concurrence, vendre meilleur marché, faire flotter le menhir ! »
— Caius Saugrenus, Obélix et Compagnie, Goscinny & Uderzo, 1976
Dans cet album paru en 1976, le scénariste René Goscinny fait écrouler Rome non par les armes, mais par l’économie. César, mal conseillé par un jeune économiste, décide de créer artificiellement un marché du menhir (objet massif, encombrant, parfaitement inutile) pour occuper Obélix et désorganiser le village gaulois. La bulle spéculative enfle, tous les habitants se mettent à fabriquer des menhirs, le marché s’emballe, les prix s’effondrent, et Rome se ruine par ses propres mécanismes. Goscinny avait en tête la crise pétrolière de 1973 et la société de croissance. Il décrivait à son insu le quota carbone.
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GIEC, Accord de Paris, +1,5° : ce que ces mots veulent vraiment dire
« It doesn’t matter how beautiful your theory is, it doesn’t matter how smart you are. If it doesn’t agree with experiment, it’s wrong. »
« Peu importe la beauté de votre théorie, peu importe votre intelligence. Si elle ne concorde pas avec l’expérience, elle est fausse. »
— Richard Feynman, physicien, prix Nobel de physique 1965.
On les entend dans chaque discours politique, chaque titre de presse, chaque débat télévisé : « selon le GIEC », « l’Accord de Paris », « rester sous les +1,5° », « neutralité carbone en 2050 ». Ces formules ont acquis la force de mots-talismans (brandis, combattus, instrumentalisés, conspués) sans que leur contenu précis soit jamais vraiment expliqué ni compris.
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Biomasse locale : des illusions subventionnées
« Political language is designed to make lies sound truthful and murder respectable, and to give an appearance of solidity to pure wind. »
« Le langage politique est conçu pour rendre les mensonges crédibles et le meurtre respectable, et pour donner une apparence de solidité à ce qui n’est que du vent. »
— Eric Arthur Blair dit George Orwell, Politics and the English Language, 1946.
Orwell n’imaginait sans doute pas qu’on appliquerait un jour cette mécanique à la sauvegarde de la planète.
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« Nuclear power is a Faustian bargain: we get an immense source of energy, but we must manage its risks and wastes forever. »
« Le nucléaire est un pacte faustien : nous obtenons une source d’énergie immense, mais nous devons en gérer les risques et les déchets pour toujours. »
— Alvin Weinberg, directeur du Oak Ridge National Laboratory, physicien nucléaire et co-inventeur du réacteur à eau légère, 1972
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Transports : l'angle mort de la décarbonation
“Beyond a critical speed, no one can save time without forcing another to lose it. Beyond a certain velocity, passengers become consumers of other people’s time, and accelerating vehicles become the means for effecting a net transfer of life-time.”
« Passé un certain seuil de vitesse, personne ne peut gagner du temps sans en faire perdre à autrui. Au-delà d’une certaine vitesse, les passagers deviennent des consommateurs du temps des autres, et les véhicules accélérés deviennent le moyen d’opérer un transfert net de temps de vie. »
— Ivan Illich, Energy and Equity (1973)
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